La mort, éternel sujet
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| Anne Truitt - Arundel XI (1974) |
Depuis la naissance de la vie, tout le monde parle de la mort, même moi d’ailleurs, dans le poème « jour de mon enterrement » ou dans le récent « les voiles de la nuit ». Que peut-on ajouter d’intelligent aux discours des philosophes, scientifiques, athées et autres croyants ? Rien. Essayons quand même avec ma voix d’écrivain. Parce que comme dit Gerhard Richter en parlant de l’art en général : « Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs. » Ce que je dis, personne ne l’a dit avant moi, puisque c’est moi qui le dis.
Donc « la mort : pourquoi, comment ? » est à la fois la seule question dont la réponse peut vous inciter à mieux vivre et celle qui remplace toutes les autres. Si vous aviez la réponse à cette question, vous ne vous souleveriez probablement pas d’autre interrogation métaphysique.
La liste des paradoxes est longue :
- tu es, plus ou moins, libre de ta vie mais la mort est le seul rendez-vous existentiel (façon terminator) que tu ne pourras pas manquer ;
- tu vis pour ne plus vivre, pas la peine de le cacher ;
- tu ne peux rien affirmer sur ce qui va se passer après et pourtant toute ta vie est construite comme si tu savais ;
- tu essaies de planifier ta vie alors que sa fin est implanifiable ;
- ceux qui savent ne sont plus là pour le dire et en plus on ne sait même pas s’ils sont en état de le savoir ni de le dire.
Pour commencer, la science te réduit en poussière. Mais, que de la poussière, surgisse un petit bout transparent de quelque chose qui s’en aille quelque part sans rien dire, sans que personne ne le sache, comment savoir ? Et que ce petit bout se mette à penser et aimer, qui peut le dire ? Et à rencontrer d’autres petits bouts envolés avant lui, qui sait ? Une fête de petits bouts joyeux se joue peut-être quelque part et nous ne le savons pas.
Ce petit bout, certains l’appellent l’âme, d’autre le souvenir. Je ne parlerai pas de l’âme, vous n’avez qu’à lire ou écrire de la poésie. D‘ailleurs l’âme, combien ça pèse ?
Par contre, le souvenir est un drôle de phénomène : il te fait croire que tu peux revivre le passé alors qu’il n’est qu’une transformation supplémentaire de la réalité que tu t’appropries comme si c’était la Bible (autre réservoir de fantasmagories).
Dès que je me mets à parler de la vie et de la mort, j’entends les grincheux, les malfaisants se moquer de moi : déjà qu’il était poète, voilà qu’il veut faire de la philosophie alors qu’il n’est même pas philosophe !
Mais c’est quoi un philosophe, m’insurgé-je? (Il fallait la placer celle-là.) C’est quelqu’un qui essaie de comprendre ce qu’est le bonheur et de l’expliquer au commun des mortels (ah ah). S’il fait autre chose, il ne sert à rien. Et comment décortiquer le bonheur si on n’a pas la réponse à ce qu’est la mort ? N’importe quel être humain essayant de contribuer à cette réponse est un philosophe. Donc je suis un philosophe même si je n’ai pas lu Spinoza ou Hegel. Je dois être un sophiste aussi ! Gorgias réincarné : personne ne peut dire ce qu’est la mort ; pour pouvoir en parler il faut être mort ; mais les morts ne parlent pas.
Puis il y a ceux qui croient. A quoi ? Eux-mêmes ne savent pas très bien, ils ont souvent du mal à se décrire précisément dans l’au-delà. Suis-je un souffle invisible, un corps réincarné, est-ce que je parle, souffre ? Et Adam, avait-il un nombril ? Bref, ceux-là, on ne peut rien pour eux. Parfois, leur croyance les pousse à faire du bien aux autres, alors ne les boudons pas. Mais, la plupart du temps, c’est l’horreur. La religion dans l’histoire du monde a tué beaucoup plus de gens que l’holocauste. J’ai lu quelque part le chiffre de 45 millions de morts, aussitôt tempéré par la remarque que c’est moins que les régimes de Staline et de Mao (55 millions) ou moins que la seconde guerre mondiale (80 millions), qui gagne quand même la palme de la productivité , avec 16 millions de morts par an, c’est du rapide.
Donc ni la science ni la religion ne peuvent nous aider à avancer sur le chemin imprévisible de la connaissance de la mort.
Que reste-t-il ? L’art et la poésie bien sûr !
Puisque ni la raison ni la croyance ne peuvent vous apporter de preuves sur ce qui est indémontrable, il ne reste que l’art et la poésie.
Non pas pour vous donner la solution mais pour vous aider à tracer votre propre chemin dans la vérité de votre être, en restant proche de l’âme et du cœur.
C’est notre nouveau slogan : « Amavero : antidote de la mort »...
Bon, je ne sais pas si c’est très vendeur.
En tout cas, la mort est votre étape ultime et, pour vous préparer, lisez Amavero.
Voici quelques pistes de réflexion, vous avez trois heures :
- La mort, certitude de l’instant et mystère de l’après, comme l’amour.
- On meurt d’une seule façon ; l’accord est unanime sur le moment symbolique et réel de l’arrêt du cœur (à condition qu’il se prolonge bien entendu) ; mais l’après-mort, outre la dilution progressive de l’enveloppe corporelle jusqu’à l’os éternel et nu, déclenche mille interprétations. C’est étonnant ce consensus sur un évènement et ces divergences sur ses conséquences.
- Une seule mort clinique mais mille façons de mourir. Comme de vivre. Est-ce que les gens heureux meurent mieux ? J’ai toujours eu l’impression que les méchants vivaient plus vieux. La méchanceté endurcit. Le bon, le doux, c’est une construction fragile, dont la vie s’étiole plus vite dans le temps comme la peau brûlée par le soleil.
- On pourrait imaginer un roman à l’eau de rose sur la mort, il a été écrit mille fois. Les amants séparés qui se retrouvent dans un jardin vert et rose expirant mille senteurs, les petits anges charnus qui jouent de la harpe en voletant comme des papillons dans l’air printanier, Saint-Pierre barbu distribuant des bonbons ici et là (pas aux petits garçons hein !)... Mais on pourrait aussi imaginer un enfer pire que celui de Dante où tout brûlerait et hurlerait dans un noir rougeoyant. La vision la plus étrange serait le purgatoire que je vois comme une course de voitures chamboule-tout où chacun essaie de renverser l’autre pour arriver le premier à la porte d’entrée du paradis, flamboyant sous un écriteau doré. Numerus clausus.
Tout cela nous fait rêver ou pleurer mais pas beaucoup avancer, n’est-ce pas ?
A vous de contribuer maintenant. Je vous écoute.
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