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Désir et impuissance ; beau, intelligent, original

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Minjung Kim Mountain (2014) encre sur papier Hanji mûrier Je voudrais écrire des choses belles, intelligentes et originales. Ca commence mal: cette phrase n'est ni belle, ni intelligente, ni originale. Désir et impuissance. Même l'ordre des priorités me pose problème: beau d'abord? Oui sans doute. Alors quelle est la phrase la plus belle que vous connaissiez? Pas facile hein? En me posant la question, je me rends compte que ce n'est pas ce critère que je mets en avant. Je n'ai aucune phrase belle à sortir de mon chapeau de petit poète et ancien lecteur (je ne lis plus, hélas). L'intelligence, n'en parlons pas, elle est impossible à définir. Reste sans doute l'originalité de la vision. C'est peut-être cet angle-là qui est primordial quand tout a été dit.  Ainsi, la fin de Nocturne de Léon-Paul Fargue me plonge toujours dans d'étranges transes et le poème tout entier me fait frissonner: Et peut-être qu’un jour, pour de nouveaux amis, Dieu tiendra...

Double sens de l'amour

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Tracy Emin - For You (2008) - I Felt You And I Knew You Loved Me, lettres au néon, cathédrale de Liverpool La phrase de Tracy Emin au néon dans la cathédrale de Liverpool dit : "I felt you and I knew that you loved me". Et comme je suis un très mauvais angliciste et je ne sais pas pourquoi, je l'ai immédiatement traduit par :  " J'ai senti que toi et moi savions que tu m'aimais". J'ai donc été très déçu quand les anglicistes distingués m'ont dit que ce n'était pas possible car elle aurait dit alors "I knew that..." Donc cette phrase veut bêtement dire :  "Je t'ai senti et j'ai su que tu  m'aimais".  La seule rêverie possible restant sur le mot "sentir" qu'on peut imaginer au sens littéral ou figuré. C'est dommage j'aimais bien ma mauvaise traduction, je la trouvais plus subtile...

La mort, éternel sujet

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Anne Truitt - Arundel XI (1974) Que dire sur la mort qui n’a pas déjà été dit ? Depuis la naissance de la vie, tout le monde parle de la mort, même moi d’ailleurs, dans le poème « jour de mon enterrement » ou dans le récent « les voiles de la nuit ». Que peut-on ajouter d’intelligent aux discours des philosophes, scientifiques, athées et autres croyants ? Rien. Essayons quand même avec ma voix d’écrivain. Parce que comme dit Gerhard Richter en parlant de l’art en général : « Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs. » Ce que je dis, personne ne l’a dit avant moi, puisque c’est moi qui le dis. Donc « la mort : pour...

j'ai mélangé la neige

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J'ai écrit environ 500 poèmes, j'en ai publié quelques-uns  (voir LIVRES ) et souvent je fouine dans les autres comme dans des cartes postales jaunies. Aujourd'hui je me suis amusé à un petit jeu : prendre deux poèmes sur la neige écrits à 20 ans d'intervalle pour n'en faire qu'un.  Voici le résultat neige voile de mariée en pointillisme grappe de bulles virevoltantes semblables si différentes comme une armée de petits soldats blancs gérant savamment l’espace entre eux inexorables flocons aimantés par la gravité manteau large de fausse brume jeté sur le paysage coups de pinceau ajoutés langoureux sur le ciel gris accumulée en un point du destin elle fait tomber la feuille ployer la branche frissonner l’arbre le toit se cache le chemin disparait plus d’horizon tout a changé pour quelques degrés de moins un univers est né la neige n’est pas que manteau elle est baguette de fée transmutant le paysage en voile de prière muette neige épaisse fil d’ariane reliant la t...

Cherchez la source, pour éviter le ridicule

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« On est dédommagé de la perte de son innocence par celle de ses préjugés. » J’ai longtemps paradé dans les salons avec Diderot et sa maxime littéraire dont j’appréciais les lectures multiples. Quel philosophe, quelle intelligence, disait-on (en parlant de lui mais je prenais ça pour moi). On félicitait ma culture, on saluait mon à-propos. Je rayonnais, fier de mon succès, me pavanant, me rengorgeant. Puis un jour, bêtement, victime sans doute de cette fatigante curiosité propre aux journalistes, je cherchai la source exacte et son contexte, pour pouvoir briller un peu plus. Je trouvai rapidement : Le Neveu de Rameau . En feuilletant fébrilement, je tombe sur le passage cherché, ravi et soulagé de la trouvaille. Mais à la lecture, horreur et putréfaction, je saisis tout à coup l’étendue du malentendu et de ma honte.  Cette phrase que je prenais pour le summum de la philosophie sur la sagesse, la vieillesse et la sérénité, cette phrase compliquée et si lourde de second degré, cette...

Les souvenirs remontent à la surface comme des iules

Dans le sud, parfois, il peut pleuvoir violemment, bruyamment et si le vent s'en mêle, on change de pays, ce n'est plus celui des plages et des cigales mais celui des montages et des ciels violents. Et puis, souvent, la pluie s'arrête brusquement, on s'étonne presque de cette fin brutale et le soleil revient comme si de rien n'était. Mais, sur la terrasse de la maison et même à l'intérieur, il s'est passé un drôle de phénomène: des petits vers noirs sont apparus de nulle part et se trainent lamentablement, comme s'ils se demandaient ce qu'ils font là, comme s'ils cherchaient une porte de sortie. Ce sont les iules ou mille-pattes ronds qui, après le déluge,  cherchent refuge dans des endroits secs. Et je ne sais pas pourquoi, ce n'est pas très poétique pourtant, ils m'ont fait penser aux souvenirs qui remontent à la surface sans prévenir, souvent après la pluie qui crée un choc dans l'espace-temps,  et ils cherchent eux aussi une porte...

Je fais un rêve, moi aussi (mais je ne suis pas seul)

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(image IA) Je fais un rêve où les gens sont ce qu'ils sont, avec leurs problèmes et leurs faiblesses mais aussi leurs envies de se parler, de se toucher. Bien sûr on se plaint, on trouve que c'est pas facile mais quand même on avance et, surtout, on écoute les autres. Et, dans mon rêve, le cercle s'élargit, devient mondial et les citoyens du monde, avec leurs défauts et leurs désirs, se disent que, quand même, face aux technofascistes de tout poil et les métatrumpistes qui sont devenus paranos, il est temps de réagir. La techno, le numérique bien sûr c'est une belle enclume pour les assoiffés d'argent et de puissance mais merde, c'est dispo, c'est gratuit  - même si, je sais, si c'est gratuit, c'est que c'est toi le produit mais, pour une fois, le temps d'agir, on pourrait dire que tu t'en fous - : le rêve n'est plus un rêve, il est là, à portée de main, juste un smartphone,  Il suffirait de se réveiller et de s'en saisir pour en ...