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Plaidoyer pour l'art et la poésie : qu'ils nous sauvent du trumpisme !

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Der Spiegel '04/02/2017) : dessin d'Edel Roriguez Sans faire de politique mais simplement de la sociologie de comptoir, décidons que le trumpisme sera l'archétype de tout ce qu'on ne veut plus dans les couloirs du pouvoir, partout dans le monde, et qui ont le pouvoir surtout de faire mal : le mensonge, la bêtise, la méchanceté, la corruption, l'avidité, la jalousie, la vantardise, la vulgarité de l'esprit.  On pourrait même ajouter aux défauts de Trump ceux que relève l'écrivain britannique Nate White dans une chronique sur Quora devenue virale. Il dit en parlant de Trump : "il n'a aucune classe, aucun charme, aucun flegme, aucune crédibilité, aucune compassion, aucun esprit, aucune chaleur, aucune sagesse, aucune subtilité, aucune sensibilité." Il lui reproche même de ne pas savoir rire, rendez-vous compte ! Nous considérons comme lui que ce sont des travers incompatibles avec notre morale et notre culture. Nous avons donc maintenant notre ad...

Luttons contre la pollution IA de textes frelatés sur les réseaux sociaux

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image IA Sur les réseaux sociaux,  on les voit fleurir depuis quelque temps ces textes longs qu'on croyait impensables il y a quelque temps puisque la mode est au court, haché, swipé, scrollé. Ils racontent une toute petite histoire d'un people inconnu qui a fait un acte extraordinaire, que le monde entier doit applaudir, et il produit moults détails. D'emblée, on entre dans l'histoire, attiré par ces angles incongrus. Et puis on se rend compte rapidement que ce texte est chiant, sans intérêt, mal écrit, rempli de soupe inutile et sans saveur. Et l'on comprend alors qu'il a été écrit par l'IA. Le problème est que ces articles polluent notre espace de lecture déjà bien encombré. Et puis surtout, le contenu étant totalement inventé, il n'y a rien à croire là-dedans, tout est à rejeter, surtout si ça parle de people connu. Non seulement c'est chiant mais en plus c'est faux ! Alors que faire? C'est simple: que chacun d'entre vous lorsqu...

Désir et impuissance ; beau, intelligent, original

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Minjung Kim Mountain (2014) encre sur papier Hanji mûrier Je voudrais écrire des choses belles, intelligentes et originales. Ca commence mal: cette phrase n'est ni belle, ni intelligente, ni originale. Désir et impuissance. Même l'ordre des priorités me pose problème: beau d'abord? Oui sans doute. Alors quelle est la phrase la plus belle que vous connaissiez? Pas facile hein? En me posant la question, je me rends compte que ce n'est pas ce critère que je mets en avant. Je n'ai aucune phrase belle à sortir de mon chapeau de petit poète et ancien lecteur (je ne lis plus, hélas). L'intelligence, n'en parlons pas, elle est impossible à définir. Reste sans doute l'originalité de la vision. C'est peut-être cet angle-là qui est primordial quand tout a été dit.  Ainsi, la fin de Nocturne de Léon-Paul Fargue me plonge toujours dans d'étranges transes et le poème tout entier me fait frissonner: Et peut-être qu’un jour, pour de nouveaux amis, Dieu tiendra...

Double sens de l'amour

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Tracy Emin - For You (2008) - I Felt You And I Knew You Loved Me, lettres au néon, cathédrale de Liverpool La phrase de Tracy Emin au néon dans la cathédrale de Liverpool dit : "I felt you and I knew that you loved me". Et comme je suis un très mauvais angliciste et je ne sais pas pourquoi, je l'ai immédiatement traduit par :  " J'ai senti que toi et moi savions que tu m'aimais". J'ai donc été très déçu quand les anglicistes distingués m'ont dit que ce n'était pas possible car elle aurait dit alors "I knew that..." Donc cette phrase veut bêtement dire :  "Je t'ai senti et j'ai su que tu  m'aimais".  La seule rêverie possible restant sur le mot "sentir" qu'on peut imaginer au sens littéral ou figuré. C'est dommage j'aimais bien ma mauvaise traduction, je la trouvais plus subtile...

La mort, éternel sujet

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Anne Truitt - Arundel XI (1974) Que dire sur la mort qui n’a pas déjà été dit ? Depuis la naissance de la vie, tout le monde parle de la mort, même moi d’ailleurs, dans le poème « jour de mon enterrement » ou dans le récent « les voiles de la nuit ». Que peut-on ajouter d’intelligent aux discours des philosophes, scientifiques, athées et autres croyants ? Rien. Essayons quand même avec ma voix d’écrivain. Parce que comme dit Gerhard Richter en parlant de l’art en général : « Chaque mot, chaque trait nous est insufflé par notre époque et par les circonstances. Les liens, les aspirations relèvent du passé et du présent. Il est donc impossible d’agir, de penser arbitrairement et indépendamment d’eux. D’une certaine manière, ceci est réconfortant puisque chaque individu est en quelque sorte entouré, lié par la contemporanéité. Il y aura toujours un possible même dans le pire des malheurs. » Ce que je dis, personne ne l’a dit avant moi, puisque c’est moi qui le dis. Donc « la mort : pour...

j'ai mélangé la neige

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J'ai écrit environ 500 poèmes, j'en ai publié quelques-uns  (voir LIVRES ) et souvent je fouine dans les autres comme dans des cartes postales jaunies. Aujourd'hui je me suis amusé à un petit jeu : prendre deux poèmes sur la neige écrits à 20 ans d'intervalle pour n'en faire qu'un.  Voici le résultat neige voile de mariée en pointillisme grappe de bulles virevoltantes semblables si différentes comme une armée de petits soldats blancs gérant savamment l’espace entre eux inexorables flocons aimantés par la gravité manteau large de fausse brume jeté sur le paysage coups de pinceau ajoutés langoureux sur le ciel gris accumulée en un point du destin elle fait tomber la feuille ployer la branche frissonner l’arbre le toit se cache le chemin disparait plus d’horizon tout a changé pour quelques degrés de moins un univers est né la neige n’est pas que manteau elle est baguette de fée transmutant le paysage en voile de prière muette neige épaisse fil d’ariane reliant la t...

Cherchez la source, pour éviter le ridicule

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« On est dédommagé de la perte de son innocence par celle de ses préjugés. » J’ai longtemps paradé dans les salons avec Diderot et sa maxime littéraire dont j’appréciais les lectures multiples. Quel philosophe, quelle intelligence, disait-on (en parlant de lui mais je prenais ça pour moi). On félicitait ma culture, on saluait mon à-propos. Je rayonnais, fier de mon succès, me pavanant, me rengorgeant. Puis un jour, bêtement, victime sans doute de cette fatigante curiosité propre aux journalistes, je cherchai la source exacte et son contexte, pour pouvoir briller un peu plus. Je trouvai rapidement : Le Neveu de Rameau . En feuilletant fébrilement, je tombe sur le passage cherché, ravi et soulagé de la trouvaille. Mais à la lecture, horreur et putréfaction, je saisis tout à coup l’étendue du malentendu et de ma honte.  Cette phrase que je prenais pour le summum de la philosophie sur la sagesse, la vieillesse et la sérénité, cette phrase compliquée et si lourde de second degré, cette...