Il faut "gérer" : quelle tristesse !
Barbara Hepworth - Sculpture with colour and strings (1939) - bronze, corde - © Bowness Le mot est tellement passé dans le langage courant qu'on n'imagine plus ce qu'il sous-entend mais, quand on y réfléchit, on est pris de vertige. Dans la vie, aujourd'hui, il faut tout "gérer" : son temps bien segmenté, sa santé et même son nombre de pas quotidiens, son couple caparaçonné derrière des principes protecteurs, ses enfants bien élevés à l'intérieur du cadre, ses relations triées sur des critères précis, son stress ou plutôt son bien-être pris en main, sa nourriture bio pesée au gramme près, ses projets classés par catégorie. Rien ne peut échapper à ce verbe issu du management : la vie n'est plus celle de l'amour mais celle de la gestion. On programme tout, on prévoit tout. Surtout ne pas être pris au dépourvu, toujours savoir quoi faire et à quoi s'attendre. Quelle tristesse que de nous voir ainsi transformés en petits gestionnaires de l'exi...